mercredi 28 janvier 2015

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Chère Audrey, chère Emmanuelle, cher Denis, cher Stanislas et, surtout, cher Pascal,

Je me suis sentie petite, bien petite, en arrivant au Théâtre de Gennevilliers samedi dernier. Il faisait nuit, il faisait très froid, j'avais un peu pouffé en voyant passer Louis-Do de Lencquesaing et pas du tout en voyant passer Jean-Michel Ribes, parce que le Rond Point et moi ça a souvent fait deux. J'avais la trouille, aussi, de ce que j'allais voir. Je n'avais pas lu le texte avant, volontairement, et j'avais tant aimé Clôture de l'amour que j'avais une peur bleue d'être déçue, de ne pas retrouver ce que j'avais tant aimé dans la pièce précédente et qui m'avait fait tant pleurer, un soir, dans la salle de spectacle de Beaubourg. Autant dire que quand les lumières se sont baissées et que tous sont entrés en scène, je n'en menais pas large. 
Rapidement j'ai compris que j'étais au bon endroit. Que ça allait causer, oui, beaucoup, que ça n'allait même d'ailleurs faire quasiment que ça, mais que ça allait causer la même langue que moi. Celle que j'ai envie d'entendre, celle que j'ai envie qu'on me parle et que je n'entends jamais ou presque. Pendant deux heures j'ai écouté, j'ai essayé de comprendre la structureles structures, pourquoi c'est si difficile de vivre ensemble alors qu'on était tous tenus par un même objectif commun, avant, quand on était jeunes, ce qui est aussi bien déprimant puisqu'on en déduit qu'à présent on est vieux.
Alors je me suis raccrochée à l'intensité de vous tous, histoire d'apaiser ma propre colère. J'ai toujours été en colère, je le suis de plus en plus à mesure que je prends de l'âge. Cette colère, en quittant le théâtre alors qu'il faisait tellement froid que parler produisait de la vapeur, vous l'aviez un peu canalisée. Parce que vous m'avez tenu la main pendant deux heures - je ne demande pas grand chose à la vie je crois, juste que parfois on me tienne la main - en sous-entendant que, peut-être, s'il est encore possible de monter des spectacles comme Répétition, alors tout n'est pas perdu.

dimanche 18 janvier 2015

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Un après-midi, le soulagement de pouvoir grappiller quelques heures sur les heures de travail qui est beaucoup moins passionnant que ce que j'aurais espéré. Le cœur vaguement serré, je pousse la porte de Lily of the Valley pour m'installer sur la petite banquette couverte de tissu fleuri et souffler un peu.Devant un thé au litchi, je sors de mon sac un recueil de nouvelles de Simonetta Greggio, regrettant un peu de ne pas le lire en plein été, à l'ombre d'un tilleul. Mais je n'ai jamais lu, en plein été, à l'ombre d'un tilleul. Le thé englouti je trottine gaillardement sous la pluie jusque chez Potemkine, en priant pour que le dvd repéré quelques jours plus tôt soit encore en rayon. Je le trouve quelques minutes plus tard, il faut croire qu'une vieille dame qui traduit des romans russes en allemand, ça n'intéresse plus grand monde.
Quelques jours plus tard, après avoir découvert l'itinéraire de Svetlana Geier, et ne me consolant pas de ne pas lire l'allemand, je glisse Nuits blanches dans mon lecteur de dvd. Je me souviens du garçon qui m'en avait parlé, dans une autre vie, un soir dans une salle de concert du onzième arrondissement, et la nostalgie débarque au galop, parce qu'à l'époque la vie n'était pas si moche que ça, et que j'aurais bien aimé qu'on soit amis, lui et moi. Marcello réussi à me faire oublier rapidement mes déboires sentimentalo-amicaux, dans un Livourne couvert de neige dont le noir et blanc tranchant me rappelle celui d'Ascenseur pour l'échafaud. Quand le générique défile, mes yeux se mouillent un peu. Moi qui n'aime ni Visconti et ses films de prince italien, ni les adaptations littéraires que je trouve généralement bien pâles, je viens de découvrir que je pouvais parfois me tromper.