A l'heure du déjeuner, je file faire la queue devant la Mairie de Paris pour voir à quoi ressemble l'exposition Paris Magnum, prête à râler parce que la foule, le bruit, les photos pas si incroyables que ça, que sais-je. Le bon Dieu avait décidé de me faire mentir puisque moins de dix minutes après avoir pris mon tour dans la file d'attente, je passe le portique de sécurité, tandis que le bruit bizarre émanant d'un individu qu'on aura d'emblée qualifié de chelou est rapidement jugulé par le type de la sécurité. Je grogne, je grogne, parce que je ne sais faire que ça et que les photos me déçoivent quand même un peu, et puis sur un côté, dans un presque couloir, une galerie de portraits qui suffit à illuminer ma journée. Le regard las de Gilles Deleuze capturé par Raymond Depardon côtoie Françoise Sagan si sérieuse au téléphone, Marguerite Duras rigolarde, Simone de Beauvoir pas rigolarde pour un sou, François Truffaut et Jean-Pierre Léaud qui se ressemblent comme des frères, Jean Seberg à la gauche de qui Jean-Luc Godard esquisse un sourire, Patrice Chéreau une partition de Wagner à la main, Jean-Paul Belmondo à la grande époque, autant de figures qui ont peuplé mon adolescence et mes jeunes années.
La vieille, j'avais traîné ma carcasse au Mac-Mahon, courageusement, alors que j'avais une flemme monumentale, pour pouvoir voir Model Shop. J'avais revu Lola la veille, en chemin un monsieur d'un âge certain sifflotait la Chanson des Jumelles - et j'ai beau préférer celle de Maxence, le hasard était quand même trop beau - et je redoutais la déception. J'avais tellement aimé Lola, les robes à fleurs de Cécile et les livres de Roland Cassard. J'ai peiné pendant la première heure, peu sensible au virage américain du sleep pop de Jacques Demy. Finalement Anouk Aimée, et je me suis fait avoir, comme à chaque fois, à la fin, quand on a cru que quelque chose était possible alors qu'en fait non, quand on en a marre de se battre et qu'on file à l'anglaise, pour se protéger sans doute. Elle avait pourtant prévenu.
En sortant de la salle je spleene aussi pas mal, la faute à la Californie qui promet et qui reprend tout. Je regarde mon téléphone, je vois qu'on n'a toujours pas répondu à mes textos. Pas grave, j'ai l'habitude.

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