Pas encore habituée au redoux et au soleil qui se repointe, j'ai dû plisser les yeux sur le chemin de la bibliothèque pour récupérer enfin le dernier Christophe Donner que j'attendais depuis si longtemps. Le type derrière le bureau me le tend avec toutes les précautions du monde, en m'expliquant qu'il a été abîmé puis réparé, qu'il est fragile et qu'il faut y faire bien attention. Je ne sais pas si tu es bien tombé, camarade, je fais toujours très attention à mes livres, et encore plus aux livres qui ne sont pas à moi, mais j'ai aussi la fâcheuse manie de toujours trimballer dans mon sac le livre en cours. Mais d'accord, je ferai hyper gaffe.
Le soir venu je me décide un peu à la dernière minute à aller voir la trilogie beckettienne à l'Athénée. Il faut dire que je cherchais à tout prix à éviter le match devant lequel tout le monde voulait absolument se coller. Dans la salle, une femme monte sur scène pour nous avertir que la représentation aura lieu dans le noir, et qu'on sera bien mignons de ne pas faire de bruit, ni de lumière avec nos portables, pour ne pas déconcentrer l'actrice seule en scène et qui va en chier grave pendant l'heure qui suit. Beckett ça dégueule, ça flamboie, on ne sait jamais s'il faut rire ou pleurer, on n'est même pas bien sûrs d'avoir compris ce que le gus sur la scène raconte, mais rien de grave, il suffit de se laisser porter par le rythme, la musique. C'est en anglais, sans surtitres, et sans que je sache si c'est une contrainte liée à l'obscurité ou un parti pris esthétique, je me rends en revanche bien compte au concert de toux ininterrompu pendant toute la représentation que, clairement, la plupart des spectateurs du jour ont largement surestimé leur niveau d'anglais. (Ça vous apprendra à marquer bilingue sur vos cv, bande de buses.) J'avoue ne pas tout comprendre non plus, en partie à cause des tousseurs mais passons. Je suis en revanche soulevée par toutes les images que convoquent chez moi la représentation de Footfalls, le deuxième monologue, depuis Lady Macbeth en somnambule jusqu'à la folle du grenier des romans victoriens. Je suis contente quand ça se termine, mais je suis contente aussi d'avoir pris sur moi pour y aller.
Not I, Footfalls et Rockaby, avec Lisa Dwan, mise en scène de Walter Asmus, se donne au théâtre de l'Athénée du 11 au 15 mars, à 20h.

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